IN VITRO, NOTE D'INTENTION
Le 5
juillet 1996, les chercheurs du "Roslin Institute" à Edinburgh
annonçaient la naissance du premier mammifère cloné à partir de
cellules adultes, la brebis « Dolly ».
J’ai été un spectateur passionné par les réactions des journalistes, des scientifiques et des philosophes à cet événement.
J’ai alors décidé d’écrire un scénario pour la création d’un spectacle
de cirque en imaginant des clonages ratés dans un laboratoire
clandestin. Ces clones donnent naissance a des êtres hybrides mi hommes
mi animaux, premiers clones humains qui tentent d’échapper à leur
étrange créateur.
C’est une sorte de parodie métaphorique entre effets burlesques et
intentions satiriques dans laquelle le monde de la création artistique
dans le domaine des Arts du Cirque est un peu ce laboratoire
clandestin. Les êtres mi-hommes, mi-animaux sont les artistes de cirque
à qui l’on demande d’être des artistes de plus en plus complets,
sensibles, intelligents et performants.
C’est aussi une charge contre l’enfermement, contre toutes les
tyrannies et le rappel de la nécessité du contrôle de la recherche
scientifique qui ne peut être seulement régulée par les lois du marché.
Alors
que la plupart des brebis vivent entre 11 et 12 ans, Dolly est morte à
6 ans et demi après avoir commencé à manifester des maladies souvent
associées à la vieillesse dès l'âge de 5 ans 1/2.
Je ne savais pas au moment de l’écriture du scénario que « Dolly » finirait ainsi.
Puisque la réalité rattrape parfois la fiction et pour continuer la
comparaison sur le mode de la parodie métaphorique : l’artiste de
cirque vieillit lui aussi rapidement (en terme de compétitivité
physique) et il me semble nécessaire que lorsqu’il démarre sa
formation, il sache déjà qu’il bénéficiera au terme de sa carrière
après un certain nombre d’années d’activités professionnelles (à
définir) d’une formation de plusieurs années dans le domaine de son
choix pour sa reconversion totalement prise en charge par les
organismes sociaux.
Nos « laboratoires de formation » : les écoles de cirque en pleine
évolution doivent permettre l’éclosion de ces nouveaux talents fort
d’un potentiel au caractère multiple en préservant leur singularité et
en développant leur capacité à préserver leur intégrité physique le
plus longtemps possible.
L’artiste de cirque n’est pas un gladiateur que l’on sacrifie et
remplace au jour le jour par une créature plus compétitive sortie du «
laboratoire ».
Des élèves fraîchement sortis du centre National des Arts du Cirque de
Châlon en Champagne ont donc participé à la création en 1999 de In
Vitro ou la légende des clones : Fanny Soriano, Mathias Tiberghien,
Sylvain Décure, Damien Fournier, Dirk Schambacher. D’autres élèves du
CNAC des promotions suivantes ont également joué dans ce spectacle au
cours de remplacements : Luciane Vivas Costa, Gaëtan Levêque, Cyril
Musy, Julien Lambert, Alexandre Oleac, Johann Durand.
Processus d’écriture et de création
J’ai écrit ce scénario en 1997. Elise Bouffel a alors réalisé les dessins du scénario.
J’ai constitué l’équipe artistique en 1998.
Les répétitions ont eut lieu en 1999 jusqu’au jour de la première, le 19 octobre 1999, au Carré Magique de Lannion.
Au cours des recherches et improvisations réalisées à partir du
scénario avec l’équipe artistique constituée, une réécriture du projet
s’est progressivement élaborée tout au long de la mise en scène et de
la réalisation de la scénographie.
François Cervantès auteur-metteur en scène de la Compagnie l’Entreprise
m’a rejoint pour m’assister à la direction d’acteur. Il est l’auteur
des textes du personnage de la vieille femme. Personnage qui n’existait
pas dans le scénario d’origine et que l’on peut voir dans la captation
du spectacle.
La captation filmée du spectacle a été réalisée le jour de sa trentième
représentation. Elle a au lieu à Avignon en Juillet 2000.
Le scénario est l’écriture préalable de l’œuvre, la captation en est l’écriture de restitution.
L’écriture préalable participe au processus de création et à la réalisation de l’œuvre.
Cette écriture formalise l’outil qui permettra la communication entre
les partenaires de la création (metteur en scène, compositeur,
décorateur, concepteur lumière, vidéaste, artistes, techniciens, …).
Dans le cas de spectacle impliquant un grand nombre de participants en
amont de la création, cet écrit de référence est indispensable.
L’écriture de restitution est utile à la transmission de l’œuvre et à
la constitution d’un répertoire. Cela peut être une transcription de
l’œuvre déjà réalisée, décrite et commentée, ou simplement une
captation vidéo, qui montre la réalisation effectuée.
Les écritures du cirque sont multiples et composites et on peut
comparer l’évolution de cette écriture à celle du cinéma qui a, pendant
de nombreuses années, emprunté à d’autres arts les signes graphiques de
son écriture. Il a utilisé divers moyens puis progressivement
l’écriture cinématographique s’est imposée avec les techniques et les
formes adaptées à ses réalités et son époque (synopsis, scénario,
story-board, dialogues…).
Plus la construction des compositions graphiques est élaborée et permet
la réalisation d’œuvres originales, plus la notion d’écriture des arts
du cirque progresse comme moyen et comme finalité esthétique.
Le cirque contemporain a environ trente ans et compose encore son
expression graphique de manières variées et non établies. On peut
imaginer qu’il inventera des techniques et des formes d’écriture
adaptées à son évolution…
Guy Carrara
, le 19 septembre 2007


